MA VILLE

Bienvenue à Tyrosse

17/06/2020
Patrimoine de la commune : les Arènes

Des Arènes de bois...

Depuis des siècles dans les Landes, on « court les toros dans la rue ». Des raisons de sécurité pousseront cependant les élus tyrossais, à la fin du XIXe siècle, à construire une enceinte fermée pour exercer cette pratique : en 1885 un amphithéâtre en bois est érigé sur la place du Foirail, occupée le vendredi par le marché aux bestiaux.

On s’adonne ainsi à la course landaise ou aux « courses de novillos », durant quelques décennies, dans un édifice qu’il faut démonter puis remonter chaque année à l’occasion des fêtes locales.

Pour les aficionados, c’est le temps béni des vaches en pointe (les tampons apparaîtront vers 1890), du premier bétail espagnol issu des races navarraises, des hispano landaises avec le célèbre torero arlésien Pouly et de la première figure landaise légendaire, Paul Daverat, dont le mausolée vous accueille encore aujourd’hui à l’entrée du village de Laurède.

Cette période essentiellement consacrée à la course landaise perdurera jusqu’à la Première Guerre Mondiale, durant laquelle les spectacles taurins sont mis en sommeil. Il faudra à la reprise louer un amphithéâtre chez les voisins plutôt qu’en construire un nouveau.

... aux Arènes Marcel Dangou

C’est en 1926, sous la pression de deux personnalités férues de tauromachie, le Docteur Bats et le pharmacien Dangou, que la Municipalité décide de construire une arène en dur dans le « Bois du Curé » à l’entrée de la commune.

Depuis cette date le bel édifice, rénové en 2018, verra défiler sur son sable doré toutes les vedettes de la course landaise, de Cantegrit à Dusseau, pour enfin voir naître en 2009 un Champion de France tyrossais : Hugo Viney-Thomas.

Mais la forte motivation des deux aficionados ne s’arrêtera pas à la course landaise ! Évoquant des motivations économiques et sociales, ils convainquent en 1934 le Maire de l’époque, Pierre de Gorostarzu, d’apporter quelques modifications au ruedo pour y organiser des « courses de taureaux à l’espagnole » puisque cela, disent-ils, « est entré dans les mœurs, que c’est bien adapté au tempérament et au goût des habitants de la région et que cela contribue à donner du travail aux chômeurs. » (Extrait de la séance extraordinaire du Conseil Municipal du 10 juillet 1934)

On fait appel à un architecte bien implanté à Dax, où il a été architecte municipal, et dans le Sud des Landes : Albert Pomade. Cet architecte, originaire de Mont-de-Marsan et diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, a en effet marqué durablement de son empreinte l’architecture locale de Dax à Hossegor, en passant par Saint-Vincent-de-Tyrosse et les environs.

L’aventure des toros à Tyrosse

1934 – 1939 : LE FRONT POPULAIRE ET LA GUERRE D’ESPAGNE
Après deux premières années difficiles et subventionnées pendant lesquelles Marcel Dangou organise des novilladas et fait effectuer quelques aménagements aux Arènes, suivront les trois années de guerre civile en Espagne, pendant lesquelles les toreros vedettes - Cagancho, Ortega et Bienvenida -, en manque de contrats « tras los montes » viennent fourbir leurs armes en France et particulièrement à Tyrosse, qui en profite pour ajouter des gradins en bois en 1939.

1948 – 1954 : UNE REPRISE EN DOUCEUR
La guerre passée et après la venue du "Cyclone de Mexico" Carlos Arruza, en 1948 lors d’un festival au profit des prisonniers de guerre, la reprise est assumée douloureusement par 2 novilladas en 1950 et 1951 qui ne font malheureusement pas le plein. Ainsi, de 1952 à 1954 le dimanche des Fêtes mettra plutôt à l’honneur un gala de boxe ou des spectacles comico-taurins.

1955 – 1959 : LE VÉRITABLE DÉPART DE LA TRADITION AVEC DES NOVILLADAS DE LUXE
Puis débute une véritable tradition taurine à Saint-Vincent-de-Tyrosse avec des novilladas "de luxe" de Guardiola ou Domecq, pour un public en manque de divertissements. Cet engouement nouveau conduira à l’agrandissement et aux divers aménagements de notre placita.

1960 – 1970 : LE GRAND SAUT VERS LA CORRIDA
En 1960, on détruit les deux tours de l’architecte Pomade en façade pour agrandir les Arènes, dont la capacité avoisine alors les 5 000 places. A l’époque, Saint-Vincent-de-Tyrosse compte à peine 3 000 habitants, mais l’économie est florissante et le tourisme local en plein développement. Durant cette période, des vedettes foulent notre sable : Paco Camino, Diego Puerta, Pquirri... remplissant les Arènes jusqu’au toit installé en 1961.

1971 – 1985 : L’ÉPOQUE DU CERCLE TAURIN
Le Cercle Taurin Tyrossais fait son entrée dans le cercle des nouvelles empresas en organisant dans un premier temps ses novilladas nocturnes, puis en prenant la succession de Marcel Dangou disparu en 1977. On note à partir de cette période une première orientation torista de la plaza.
Mais en 1984 le CTT jette l’éponge après de mauvais résultats financiers de la corrida du cinquantenaire imputés à la concurrence de Mont-de-Marsan.

1986 – 1997 : LA GESTION PRIVÉE
Suite aux déboires du Cercle Taurin Tyrossais et de la régie municipale associée, la Municipalité décide de confier de gré à gré l’organisation à diverses empresas privées : Hubert Yonnet, Robert Pilès, Simon Casas... se succèdent, relancent la pratique des élevages commerciaux et instaurent la tradition des corridas portugaises. Les vedettes du moment - Le Cordobes, César Rincon, Manzanares et même José Tomas - viendront toréer à l’ombre des platanes tandis que le ruedo s’essaye en vain à l’émergence de novilladas d’avant saison.

1998 – 2020 : L’OPTION TORISTA
Confrontée aux exigences du mundillo, la plaza tyrossaise n’a plus la capacité financière nécessaire pour faire appel aux vedettes et se tourne résolument vers une option torista de sa plaza. Les toros de Palha, Miura, Escolar Gil, Victorino Martin... deviennent alors les vedettes de l’Arène.
Mais face aux mouvements anti-taurins qui se développent, à la concurrence des grandes villes voisines (Bayonne, Mont-de-Marsan, Dax...), mais aussi aux exigences de sécurité accrues (avec les coûts associés) auxquels nos fêtes locales sont confrontées, l’usage de nos Arènes est à réinventer sans renier pour autant son histoire.

Source : Cercle Taurin Tyrossais et Alain Ladebat, Professeur d’Histoire tyrossais à la retraite et ancien élu municipal