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3/07/2020
Patrimoine de la commune : la Mairie & la halle aux grains

Du Château de Norton à l’église...

Durant l’Ancien Régime, le pouvoir seigneurial appartient aux "seigneurs caviers" de Norton. C’est alors au « château de Norton », ou devant l’église de Saint-Vincent, que se tiennent des réunions avec des délégués, les jurats, les bayles, des représentants de la communauté des habitants…

A l’issue de la Révolution, une assemblée de conseillers et un Maire sont installés dans chaque commune française. En 1790, Bertrand Sourotte, cultivateur de 48 ans, est élu pour 2 ans par les citoyens tyrossais. Il est le premier des presque 35 maires qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui.

Si les premiers maires sont élus, ils sont ensuite, de 1800 à 1882, nommés par le Préfet. Une drôle de démocratie pour les premières républiques françaises ! Ce n’est qu’en 1882 que, partout en France, est instaurée l’élection du Maire et des Adjoints par le Conseil Municipal.

Les premiers mariages civils datent de 1793 et sont signés dans la « maison commune », c’est-à-dire dans l’église, décrétée « temple de la Raison » par Robespierre. Mais à partir de 1802, année du retour au Catholicisme, et durant les 50 années qui suivent, nul ne sait où se trouvait la « maison commune » dans ce petit bourg rural de quelques centaines d’habitants. Chez le Maire ? Dans une auberge ? Devant l’église ? Au château de Norton ? Aucune source ne permet de le déterminer.

... jusqu’à l’Hôtel de Ville...

Quoiqu’il en soit, depuis 1884 chaque commune doit posséder un bâtiment destiné à son administration. Auparavant la maison du Maire faisait le plus souvent office de Mairie.

Notre actuelle Mairie, appelée « Hôtel de Ville » à l’époque, sort de terre en 1851 avant même cette obligation. Elle est construite en bordure de la grande route, sur un champ appartenant à Monsieur Darraspen (famille de Max Benoît).

Le bâtiment de 20 m sur 10 m de belle allure avec son assise de pierre, à étage et coiffé par une horloge, témoigne du désir de la commune d’exposer avec fierté son dynamisme et son statut de chef-lieu de canton avec ses cinq marchés. Quatre ans plus tard arrivent d’ailleurs la voie ferrée et la gare, avec ce que ces atouts allaient économiquement apporter à la commune.

A l’époque, l’Hôtel de Ville n’est constitué que de ce que l’on appelle aujourd’hui la « Halle aux grains », l’arrière étant alors un vaste champ. Car c’est surtout pour le marché aux grains qu’a été conçu ce bâtiment, qui tient alors lieu de marché couvert. Chaque vendredi se tient la vente des grains au rez-de-chaussée, à l’abri du mauvais temps.

Un instituteur sera un temps logé à l’étage et une pièce sera réservée au Juge de paix. La pièce centrale restante, donnant sur le balcon, servait aux réunions du Conseil Municipal.

Beaucoup plus tard, en 1920 (l’année de la célèbre révolte des métayers), dans l’élan de l’après-guerre, on construit perpendiculairement à la Halle aux grains, face à l’Est, une aile à un étage avec au sommet triangulaire de l’édifice une seconde horloge. Dessous apparaissent de nombreuses fenêtres à encadrement de briquettes, qui servent en fait à éclairer les salles de classe d’une école de garçons.

Avec la construction du groupe scolaire des Arènes en 1933, cette école est totalement détruite après seulement 13 ans d’existence et il n’en reste plus aucune trace. La Halle aux grains est alors elle aussi partiellement démolie. On conserve les murs porteurs de pierre, toujours visibles de l’intérieur, et les cinq ouvertures du rez-de-chaussée, également toujours visibles. La façade donnant sur la Nationale 10 est quant à elle remaniée par l’architecte dacquois Albert Pomade, à qui l’on doit également nos magnifiques Arènes.

Une architecture néo-classicisme dans les proportions, une simplicité des lignes, un fronton triangulaire, des colonnes dignes d’un temple grec ou romain… Albert Pomade crée une façade bourgeoise et imposante à l’image d’une commune exposant sa fierté de petit bourg rural devenu carrefour routier, ferroviaire et ville industrielle avec le bois et la chaussure.

... notre Mairie a traversé le temps

La destruction de l’école de garçons offre l’opportunité de bénéficier de l’ensemble de l’espace à l’arrière du bâtiment, soit 580 m2 situés entre la Halle aux grains et l’avenue Côte d’Argent, à l’époque inexistante. De quoi tripler la surface de la Halle aux grains, devenue aussi salle des Fêtes, permettant de construire des bureaux et, surtout, une salle de spectacle et de cinéma d’une capacité de plus de 500 places digne d’une ville ! Quitte à provoquer le déclin de la première salle de cinéma tyrossaise, Ciné Palace...

La Mairie tyrossaise a connu depuis bien des transformations, en particulier depuis les années 2000 : la Halle aux grains devenue salle d’exposition, le réaménagement récent de l’accueil de la Mairie dans un souci de confidentialité et l’aménagement de nouveaux bureaux du fait de l’expansion démographique de la commune, la salle de cinéma rénovée et équipée en projecteur numérique, une jolie salle des mariages récemment aménagée... Derrière une façade inchangée, se trouve aujourd’hui un bâtiment plus fonctionnel, qui a pu évoluer avec son temps. A tel point qu’aucun Maire n’ait jamais envisagé de déplacer ou détruire la vieille Mairie !

Écoutez, ses murs bruissent encore du roulement de tambour du garde-champêtre annonçant les nouvelles, des cris des écoliers dans la cour de récréation, des céréales versées dans les sacs, des échos du marché, des airs de valse des orchestres, du cliquetis des machines à écrire d’antan et de la vieille sirène à incendie.

Source : Alain Ladebat, Professeur d’Histoire tyrossais à la retraite et ancien élu municipal